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La naissance de l'estime de soi

Dès sa naissance, dès son premier souffle le poulain ressent la force tranquille de sa mère qui le lèche et l’aide à s’extraire de son enveloppe fœtale avec bienveillance. Sa mère lui parle doucement afin d’empreindre en lui ce code sonore si profond qui pourra leur permettre de se reconnaître, à tout moment, même dans le noir. Elle s’imprègne de son odeur tout en y déposant la sienne afin de souder leur appartenance l’un à l’autre. Les premières minutes de vie du poulain créent ce lien puissant qui contribue à lui donner son importance innée, sa place primordiale.

Puis, une puissante décharge d’adrénaline traverse le corps du poulain le propulsant à se lever. Le poulain se lève et marche avant de boire, il répond à son besoin de bouger avant celui de se nourrir. Dans les premiers jours de sa vie il devra apprendre à fuir. Sa mère aura pour lui une attention de tout instant, lui procurant un sentiment de sécurité. Ainsi, le petit pourra apprendre à vivre, assisté d’une force brute de 500kg, bienveillante et sécurisante.

Après quelques semaines passées à l’ombre de sa mère, et poussé par son instinct grégaire,  le jeune accroit sa curiosité face aux autres membres du troupeau. La rencontre avec la horde est essentielle, tout comme son intégration et son acceptation au sein du groupe.

Dans sa première année de vie, le poulain bénéficie de l’immunité. Il pourra faire ce qu’il veut, agir à sa guise; utiliser la queue du vieux grognon comme chasse-mouches,  manger avec la jument alpha et faire la sieste avec l’étalon dominant. Cette protection lui permet d’avoir accès à la vie du troupeau, il peut observer les us et coutume du groupe, découvrir l’ordre hiérarchique tout en dévoilant ses couleurs et sa personnalité sans avoir à se soumettre. C’est une période où il découvre la cohérence, la synergie du groupe et surtout, la sécurité qui en découle. C’est une période bénie ou l’exploration goute la patience, la sécurité, et la tolérance.

Avec le temps et graduellement, le jeune devra s’exposer au pouvoir des autres. Il fera face à des boutades, des refus et, s’il ne comprend pas, des morsures et des ruades.  Il apprendra à se positionner, à tester sa force, constater ses faiblesses. Il affrontera le danger en faisant confiance aux leaders et à l’expérience des ainés. De par son unicité, il pourra contribuer à son troupeau, tout en affirmant son pouvoir et sa personnalité.

L’estime du cheval se bâtit avec le support, la bienveillance et la cohérence de son groupe. Notre structure sociale se rapproche beaucoup de la leur. D’ailleurs un proverbe Sénégalais dit « ça prend tout un village pour élever un enfant ». Pouvons-nous apprendre de leur exemple? Pouvons-nous observer la simplicité d’un refus exprimé sans culpabilité ou de la limpidité d’une rencontre sans jugement? Pouvons-nous nous imprégner de la cohérence qui émane de l’union d’un groupe dont le seul objectif est l’intérêt collectif, la paix et la liberté?

Sur les photos : Salomé de Brio - de poulain à aujourd'hui